TEREZA ZIELONKO : L’INSAISISSABLE EMOTION
par Jean-Paul Gavard-Perret
Il arrive que les couleurs consolent. Leur mariage « blanc » consume les apparences. Avec Teresa Zielonko elles distribuent leurs dentelles et leurs plages. Elles ignorent la paix idéale comme les mouvements de chaos. Une intériorité émerge. Son pur commencement est peut-être la poésie de la nature défaite des entraves les plus évidentes. Des nappes creusent dans la tête des galeries au sein de dépouilles de paysages et au cœur de leur dureté.
Sur des arrières fonds surgissent parfois des rougeoiements, parfois des laves neigeuses. Reste un champ flambant de mirage et de vie. Il répond de l'être, de sa part la plus secrète, la plus rebelle entre désarroi et espoir. Tout est pas du pas, nudité de nuées doucement lointaines pour la traversée des nocturnes.
L'espace est blanc. Ou se recouvre d’un rouge plus pressant qui racle l'image. Demeurent toutefois toujours quelques laisses de blanc. La texture n'est pas monologue, mais dialogue. Conversation au présent de tous les éléments visuels et picturaux actifs. Sont en jeux la couleur, le trait, la juxtaposition, l'ajout de pigments purs ou de glacis.
Un geste se répand. Il permet de comprendre, petit à petit, l'obscur comme la lumière de ce qui s'ignore encore. Tout s'enflamme ou s’étend ne formant plus qu'une unité d'ombres et de lumières réunies sur le support. Le vivre de la matière crée une rature de blanc. Avec des éclats de lumière dans et sur les côtés.
Teresa Zielonko opère dans la concentration, l'attention de la précision, la juste touche. Ces qualités deviennent matière et mouvement. Elles traduisent l'état, l'âme, la présence, l'entendement. Il s’agit de manger l'air, de ressentir ce besoin constant du temps qui attend l'étreinte du paradis perdu.
L’artiste refait le monde, l'histoire de cet amour sublime d'un vivre qui s'enfonce au fond de lieux où tout devient intime – mais non à la manière pornographique du voyeurisme. La peinture semble boire les océans et déplacer les montagnes. Qui peut le connaître ? Qui peut le voir ? À quelle porte vient-il frapper ?
Toujours est-il que imagination va bien au-delà de la réalité qui nous saisit corps et âme. Dans cette errance à la quelle Teresa Zilonko se prête, elle glisse comme son pinceau sur sa toile. Tout à coup le corps en est saisi sans raison. Sans doute parce qu’une telle œuvre crée des émotions insaisissables.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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