Yue Minjun artiste cynique
par Jean-Paul Gavard-PerretYue Minjun - Cherries (courtoisie de l'artiste
)
Yue Minjun a l'odeur de sacralisation et le culte du Commandeur en horreur. Pourtant derrière son exhibitionnisme ou plutôt ses exhibitions se cache une extrême pudeur. L'ostentation possède toujours chez lui un aspect particulier : il s'agit d'une manière de se soustraire afin de mieux faire surgir les hypocrisies et la violence du monde qui l'entourent avec une ironie corrosive. Toutes ses peintures ne font que débonder les traces du monstre qui entrave la condition d'humain.
L'histoire de l'œuvre de l'artiste est donc l'histoire d'une accession à soi contre le Père et tout type de repères (si ce n'est ceux de l'histoire de l'art auxquels il se réfère). L'artiste viole, renverse les rôles au sein des ses fantasmagories monstrueuses, horribles qui possèdent en "cœur de cibles" la puissance politique, policière.
Yue Minjun est diplômé de l'Hebei Normal University. Gonflée d’humour acide son travail puise largement dans les chefs d' oeuvre de la peinture européenne et plus particulièrement ibérique (Goya, Vélasquez) afin de dévoiler l'anxiété contemporaine et la violence. Proche de la caricature et de l'esthétique pop, ses « grotesques » utilisent les couleurs acides. Des figures paradoxalement rieuses soulignent par effet de contrastes l’atrocité de scène où elles sont insérées. La plupart de ses toiles dépeignent le peintre lui-même en diverses mises en scène, figé dans un rictus hilarant. Bien que classé dans le mouvement chinois réalisme cynique, Yue refuse ce label. Il ne se sent pas concerné par ce qu’on dit de lui. Il est reconnu désormais mondialement. En 2007 une des ses huiles « Execution » a été vendue pour six millions de dollars, c’est l’œuvre la plus chère de l’histoire de la peinture contemporaine chinoise. Cette œuvre vendue par une galerie de Honk Kong à un collectionneur ne devait pas, selon les termes de la transaction de l’époque, être montrée en public sous peine d’exposer le peintre à des représailles compte tenu du thème traité.
Fantôme ou réalité, on ne sait plus dans quel monde nous sommes exactement plongé. A l’aide de simples indices - qui prennent soudain une valeur générale - l'artiste reconstruit fantasmatiquement un univers de vengeance et de reconquête. Chaque œuvre devient un site particulier dans lequel Yue Monju aborde les problèmes de la perception visuelle et la découverte de la violence du monde. C’est là une manière de rejouer une histoire et l'Histoire à l’aide de fragments et vestiges en une œuvre d’essence parfaitement autobiographique mais qui se refuse de raconter quoi que ce soit qui ressemblerait à une confidence ou à un récit de souvenirs.
L'artiste chinois met ainsi en scène de indices à parcourir. Il nous apprend l'angoisse inhérente à tout acte de franchir une porte interdite, d’arpenter un lieu qui n’est pas le nôtre donc de vouloir entrer en effraction avec le secret de la violence. Minju reprend à son compte la descente de l’Igitur enfant de Mallarmé. Comme lui il émet un coup de dés et entre dans un “ tombeau ” pour le pénétrer et voir ce que cache les actes les plus violents afin d'en montrer sous l'apparente victoire politique la défaite humaine. Au cynisme officiel répond ainsi celui d'une œuvre dont la force épique reste indéniable.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Yue Minjun - Execution
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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