Le Shanghaï de XU Zhen agir pour gravir
par Jean-Paul Gavard-Perret
XU Zhen -
Tai Wan Dao
courtoisie ShanghArt Gallery
Xu Zhen joue un rôle important dans la construction du nouveau paysage artistique chinois. Il a créé à Shangai avec l’Italien Davide Quadrio « BizArt », centre d’art indépendant à but non lucratif qui fut pionnier en Chine lors de sa création à la charnière des deux millénaires (50 Moganshan Road, Building 7, 4/F, Shanghai 200060, P.R.C.www.biz-art.com). En 10 ans près de 220 manifestations y ont été organisées avec un fort accent mis sur les nouveaux médias - vidéos, photographies digitales, installations. Le centre est donc devenu une référence en matière d’art expérimental.
Rappelons à ce propos que légalement, en Chine, il est interdit de développer un système associatif ou une organisation non gouvernementale. C’est par le biais de sociétés privées (dans le cas qui nous intéresse la Shanghai BizArt Consultancy Limited) que transitent les activités commerciales. Design graphique, scénographie muséale, consulting artistique pour les institutions publiques ou les sociétés privées, recherche de partenaires financiers (en l’occurrence, toutes les institutions des pays européens sur place) garantissent l’autonomie et la liberté de « BizArt » et permettent d’échapper à la mainmise de l’état. Toutefois l’équilibre financier d'une telle institution reste précaire, Xu Zhen et Davide Quadrio doivent jouer souvent les équilibristes comme tous ceux qui se lancent dans une aventure comparable.
La ville qui était connue dans les années 1930 comme la perle de l’Orient garde quelques vestiges de cette époque au sein de sa démesure actuelle. Cela laisse peu de place à l’humain comme le montre le travail de Xu Zhen. Il explore ce qu’il nomme « être-en-commun » au sein de la nouvelle donne économique. Plus particulièrement l’artiste pénètre l’intime et le sociétal à travers les usages du corps. Le territoire de chacun, la matérialité du corps, l’utopie présente dans la vie de tous les jours et en un univers en flux incessant, sont des axes de sa recherche au sein d’un univers en constante transformation, flexible et liquide dans sa forme. Surgie et ressurgie de sa terre, le ville vue par Xu Zhen n’est pas qu’un jaillissement d’étoiles. L’artiste sait y déceler le frustre et les frustrations et les profondes failles.
Derrière l’apparente résurrection nous percevons d’autres images d’un monde moins phosphorescente que l’on croit. Quel autre privilège accorder à l’art qu’une vision au futurisme paradoxal et modéré puisqu’il contient une foi dans le futur tout en proposant en même temps une critique afin que les perdants de « new deal » ne soient pas trop oubliés ?
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
|


