De la photographie à la peinture.
Sylvie Romieu et les attentes.
par Jean-Paul Gavard-Perret
Les œuvres de l’artiste sont visibles de manière permanente à la galerie Castang, Perpignan

A y voir de plus près on se rend contre que dans l’espace retranché et ouvert du corps, dans le champ nu plus ou moins rapproché et en appel d’univers de la photographie s’instruit une dramaturgie de sexe et de l’amour qui recouvre sans doute l’histoire plus fondamentale de la vue et du toucher.
Ce que le regard découvre passe par les interstices des surfaces : les carcasses et les armures des objets sont là en une suite d’appels ou plutôt d’interrogation de la vue du corps fermé. A la couleur bois brûlé des objets répond la clarté du corps replié afin d’échapper à l’attraction du vide en son creux. Sylvie Romieu s’agrippe de la sorte et paradoxalement à la plénitude, fait de ses œuvres le territoire de proximité mais aussi de retrait jusqu’à créer le vertige et l’ambiguïté.
Les « empreintes » du corp en absence s’ouvre comme autant de pièges , sans qu’on puisse les combler. La possibilité de place pour un phallus comme pour un affect nourricier est bloquée. Dérives et chutes segmentent l’oeuvre mais et c’est le plus important les formes travaillent et la vie continue.
Sylvie Romieu sait théâtraliser des situations existentielles traumatiques : elle les traduit sans les trahir parce qu’elle en exclut tout élément autobiographique. Sa « Série du tableau de Jo » (2007) est l’exemple parfait du mouvement qui joue entre le dedans et le dehors, le toucher et la vue. Les éléments de « peau » appellent à la caresse, les interstices interpellent le voyeur. La réflexion plastique commence là où la photographie réenchante la pose en provoquant une cassure : celle de la réflexion. La prise arrache au désir du toucher pour le soumettre à la distance donc à la vue, fixée au loin, là où règne l’insaisissable .
Les bustes, les têtes féminins sont l’enjeu incertain entre le savoir et le voir, entre la construction « conventionnelle » par application de principes puisés dans l’histoire des arts et une « dérive » de l’imaginaire porté à une spéculation inédite. Ils deviennent aussi les vecteurs qui permettent d’aller vers une vision nouvelle des êtres et des choses en les soustrayant à l’influence du toucher pour faire d’elle une pure expérience d’optique. Bizarrement l’épreuve éloigne d’une vision « photographique » du monde.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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