DIANA QUINBY : CACHER, MONTRER
par Jean-Paul Gavard-Perret
Exposition « LE CORPS MIS A NU : Diana QUINBY - Hervé RABOT - Jean RAULT. Carte blanche à Philippe CYROULNIK », du 31.10.09 au 19.12.09, Galerie Isabelle Gounod, Paris.
L’artiste américaine Diana Quinby qui vit en France depuis 25 ans soumet le corps par ses dessins et ses photographies à une succession de tensions à la limite de ce qu’on nomme l’obscénité. Mais celle ci n’est qu’une ob-scene. Elle permet de mettre à jour divers types de transgressions capables de soulever des ambivalences sous les stigmates et les masques dont le corps se pare et s’empare. Diana Quinby met à nu la puissance du corps féminin à travers ses autoportraits au miroir avec quelques autres dessins. Elle fouille dans les plis et les replis de sa propre peau. Sous le trait du graphite surgissent les distorsions que la vie inscrit dans la chair. Cohabitent le sensuel, l’affaissement du corps bref les stigmates qu’inscrit le temps qui passe en tant que destinée. La « beauté » et la « laideur », le rayonnement et le pathétique sont omniprésents. Et ce quel que soit ce qu’ils saisissent dans l’adolescence ou dans la vieillesse. Le vêtement, peau de la peau, redouble et accuse les courbes, les grossesses voir même les difformités de l’intimité. L’artiste met en valeur l’ambiguïté et la contiguité que la chair entretient avec sa déchéance. Cette perspective rapproche Diana Quinby d’artistes comme John Coplans, Bacon ou Cummings. Mais elle pousse plus loin leurs approches comme d’ailleurs celles des deux artistes masculins qui l’accompagnent dans son exposition parisienne. Chez elle comme dans les nus de Hervé Rabot ou de Jean Rault, il n’y a pas une sublimation esthétique du corps mais la recherche des failles l’ouvrent à une exorbitation plus qu’à l’exhibition ou l’exhibitionnisme.
Se marque l’altérité à la norme, la part de simulacre, de blessures ou de pathologies dont le corps est le sujet. Le trouble est là entre l’intrigante recomposition du voilé et du montré. Emerge le jeu du magique et du festif . La violence du grotesque et la pulsion désirante. Chez Diana Quinby le vêtement lui-même se définit comme un processus de l'intime. Il compose un « cairn » et fait de nous plus que des voyeurs : des correspondants clandestins, des « evenants » plus que des revenants. L’artiste s’arrache à un jeu où la procédure personnelle (expéditeur-receveur) atteint une sorte d’idéal collectif. Son travail rappelle plus un un art-chéologique qui s’enfonce dans l’immémorial qu’un simple art-cartographique. Par delà l'enveloppe charnelle, l'enveloppe vestimentaire devient plus satisfaisante qu’un aveu. L'artiste nous éloigne d’un trajet touristique. Elle rappelle que tout trajet extérieur sur le corps dépend d’abord d’un chemin intérieur. Par le rapport interne que l'habit entretient avec le corps - intériorisé et développé plus qu’enveloppé - celui-là n’est pas séparable de son devenir. Ce rapport le métamorphose toutefois en rendant sensible une présence qui invoque - plus qu’Hermès - Dionysos comme le dieu des lieux de passages et de ce qui sans lui seraient des vecteurs de simples archives ou d’oubli.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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