GENEVIEVE PLANQUES : MONTRER MOINS POUR DIRE PLUS
par Jean-Paul Gavard-Perret
Geneviève Planques cultive souvent l’art de la litote et de l’illusion surprenant le réel ou l’instant là où on ne les attend pas. Une femme se prépare : la photographe la saisit pour donner à penser ce qui va se passer. Sous effet de vitre un paysage à la fois se donne ou se dérobe. C'est là une manière pour certains peu protocolaire à une artiste de faire son miel. D'autant que la photographie se caractérise chez elle par son caractère précis. Allusif mais précis même si parfois l’œil se perd dans des paysages où soit l’imagination voyage, soit se perd. Toujours est-il que la photographe, au fil du temps, a élaboré un concept solide et a mené jusqu’à son terme une réflexion intelligente sur l’image recherchée Elle développe un langage complètement personnel où l’influence picturale n’est jamais loin.
Avec patience et sensibilité Geneviève Planques saisit l'instant précis où la lumière est parfaite dans la recherche d'un équilibre le plus pertinent. La créatrice ne cherche jamais à rentoiler les souvenirs mais à capter un temps ou un moment précis pour le rapatrier vers un éden artistique. Elle n'oublie pas que les questions essentielles induites par un long apprentissage, un travail de fond et une technique éprouvée reste les suivantes : qu'est-ce qui dans une photographie peut être appelé à faire sens ? Que permet de figurer de manière recevable l’intrication du particulier et de l’universel ? Que et comment choisir de réellement révélateur une fois écartée la tentation de l’exotique, du raffiné ou de l’esthétique pour l'esthétique ? L’artiste a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée d’un portrait ou d’un lieu mais sa « terre » friable.
Si de telles photographies semblent "simples" rien n’est pourtant de plus complexe que cette apparente économie sémantique (l’oreille d’une trompette suffit à suggérer une fête) d'où émane une charge poétique rare. Le moindre objet prend ainsi une forme de valeur de symbole mais dont le sens est dégagé de toute clé classique de lecture. Geneviève Planques introduit une grâce dans toutes les pesanteurs. Et c’est ainsi que l'intimité d’un visage féminin possède soudain une émotion cérémonielle. Ailleurs la créatrice arrache à la fixité l’eau ou l’opacité du règne végétal.
L’artiste semble toujours prendre conscience du carcan qui enserre une vision réaliste du monde. Contre celle-ci et contre le pathétique que le réel peut recéler, elle préfère suggérer une poésie qui vient creuser la réalité ou la soulever et la transporter vers du poétique parfois presque abstrait. Cette poésie dépeuple le monde mais pour l’habiter autrement. Plutôt que porter le vide au milieu des choses elle leur accorde une autre dimension. Un « inannulable » moindre prend droit de citer et accepte de relever le défi d’une lumière qui réinvente le monde. Une autre monstration est en marche là où tout reste ainsi en équilibre précaire, en formation, en expectative. C’est là un exercice de souveraineté face à l'impossibilité de la présence et face à la séparation.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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