par Jean-Paul Gavard-Perret
© Pierre Bourgeade

Bourgeade fut un grand écrivain mais aussi un grand photographe. Dans son œuvre la femme restera aussi riche plastiquement qu’abstraitement ténébreuse. Elle possède une force centrifuge, elle n'est la que pour détruire la fiction, toute fiction que l’homme fantasme même si c’est par la figure féminine qu’il s’en et la nourrit. C'est pourquoi sans nul doute cette oeuvre fait partie de ces "glaïeuls incendiaires" qui selon Jacques Henric sont cultivés par les « pornographes » (on a souvent qualifié ainsi Bourgeade) qui glissent leurs tubéreuses dans le jardin des délices.
Pour Bourgeade la femme demeurera la folle du logis qui vient perturber l'ordre théologique incarné par un passeur pervers qui monta une suite de tableaux qu'il démultiplia sans aucune redondance. Dans un fantastique jeu de miroir sa photographie « pornographique » ajoure ce que la littérature au sens large ajourne comme inavouable : la prise de plaisir par la victime (encore faut-il s'entendre sur le terme ici). Mais il y a plus : surgit un rire, souligné jadis par Blanchot, qui éclate dans ses travaux de pure transgression et où toutes les explications premières ne sont jamais les dernières.
Bourgeade, proche d’un Michel Journiac, aura tout fait entrer dans un étrange théâtre du sacrée et de la profanation. Et il poussa plus loin le mouvement entamé par Bataille à la suite de Sade. Mais chez Sade comme chez Bataille le héros tient le coup, il est centre et non absence. Avec l’auteur de « L’Objet Humain » au contraire tout bascule. Ombre d'elle-même l'héroïne n'est que feinte, feinte de présence. Son statut passe d'un état d'absolu à celui d'un désordre.
Contre l'érotisme de pacotille et le langage culturel admis par une époque prétendue libérée mais que l’auteur vit se recroqueviller sur elle même, sa « pornographie » refusa d'offrir des prises à tous ces fantômes de château de cartes prétendus érotiques dans lesquels les images sont des ancres jetées dans le sexe non pour le renforcer mais pour l'ôter.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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