Mylène Besson : rage dedans et corps lesbien.
par Jean-Paul Gavard-PerretMylène Besson - exposition collective ""féminités plurielles", Galerie Médiart, rue Quicampoix, Paris, Exposition du jeudi 4 au 27 juin et du 8 au 25 juillet 2009
Huile sur toile de Mylène Besson, 130x190 cm
Il existe dans les dessins et les peintures de Mylène Besson un ruisseau noir qui partage le corps en deux cuisses disjointes, genoux tendus. Le "voyeur" découvre que la peau peut être enlevée délicatement : il semble pouvoir s'approcher du tableau, tirer sur cette peau afin qu'elle se relève, s'enroule par-dessus les genoux, à partir des nymphes. Il tire encore, elle glisse le long du ventre. Il soulève plus fort : la peau découvre les muscles ronds et les trapèzes du dos, elle se relève jusqu'à la nuque et sous les cheveux. Les doigts de l'artiste en traverse la masse, touche le crâne mais aussi, bien plus bas, la vulve. Mylène Besson tient avec tous ses doigts et son regard. Elle découvre la beauté de la nudité brillante et parfois gisante. De ses toiles et de ses dessins elle parcourt tout le corps avec lenteur. Les couleurs s'enroulent autour de ses chevilles, entourent d'un seul coup les mollets. C'est à partir de là que la montée ralentit encore. Au moment où les genoux sont atteints l'artiste renverse la tête. La couleur presse à hauteur des cuisses. Des frissons hérissent la peau, on sent celle de l'artiste bouger. Ses ongles sont enfoncés dans le pubis. L'engloutissement s'effectue sans violence.
Le contact du tableau (ou du corps) est doux.. La peinture est féroce mais pleine de joie. Elle rassure et dérange, appuie la vulve contre la vulve qui se met à battre dans les paupières et dans le cerveau. Soudain le voyeur est aussi menacé que désiré. Un arbre pousse dans le corps, il bouge ses branches avec violence, avec douceur extrêmes ou bien c'est un buisson d'épines ardentes qui déchire les muscles du visible. Ces corps ne sortent pas par les yeux : ils y entrent, traversent les poumons, arrachent l'estomac. Ils font aller dans la plus parfaite fureur et laissent éclater de petits ulcères d'émoi. Restent les deux questions majeures : Qu'est-ce que l'artiste remet en jeu ? Que produit-elle : de l'autre ou du soi ? Elle doit détenir le pourquoi et le comment mais elle se contente de nous glisser à travers de l'inconnu vers l'inconnue. Il y a des arrêts. Tout ce que la main produit est de l'ordre du désir. Mylène Besson lie le corps à ce qu'on en ignore. D'où la difficulté de parler d'une telle approche. On tourne autour comme autour de l'artiste et de ses doubles : ils nous rendent plus plein à travers leurs failles. Celles-ci font partie du corps féminin. Il se montre et ne se montre pas. Il nous rappelle que nous sommes des bêtes mais que nous avons tout de même une âme.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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