JULIEN DES MONSTIERS : CHRONIQUES DU POLE ET AURORES BOREALES
par Jean-Paul Gavard-Perret
Le Mont Analogue, 2008, glycéro sur toile, 90 x 70 cm - Galerie Gounod
La peinture de Julien des Monstiers sonde les derniers degrés que précède un soleil figé dans la gangue du ciel. Les oiseaux ne l’éclairent plus de leur lourde lumière. Dans la pesanteur torturée des couleurs, la peinture est sans abri. Elle ne protège plus. Elle assène une vérité froide mais des plus lumineuses qu’on ne veut pas reconnaître.
Les lignes courbes, les rubans du peintre modifient ce qu’on prenait pour l’atrophie des glaces. Elles deviennent des trajectoires qui révèlent la densité de notre inconscience programmée. Voilà enfin les révélations implacables des torsions avant que la bulle écologique éclate suivant de peu la calotte boursière.
Des Monstiers déchiffre le squelette du monde dans la chimie de ses métamorphoses. Son état des lieux avance dans des bleus de glace. Et l’art en cette robe désespérée mais désirable possède la force d’une verticalité. Entre les cloisons miroitantes de la réalité, tombent déjà en poussière les rubans des vies avec des froideurs mortelles.
Sous les blancs polaires émergent des galeries féroces et perturbantes. Il fait un froid calculé dans la peinture. Elle nous dit pourtant de réinventer le monde pour que ses assemblages hermétiques conservent tous leur sens même si nous les avons largement pillés.
C’est pourquoi, à qui veut le comprendre, l’éveil d’un tel travail est rassurant même s’il annonce le reflet noir du futur. Imaginons donc encore l’aurore boréale. Le « teinturier » la porte sur ses toiles afin qu’elle ne soit pas qu’une vue de son esprit.
Suivons sa lumière même si des Monstiers montre comment elle fuit sous un paysage osseux où toute rencontre devient problématique. L’artiste sait que lorsque la lucidité abandonne l’être des débris jonchent le désert de sa peau quelle qu’en soit la couleur.
Sa peinture ne s’oppose en rien au vertige elle en perçoit l’urgence. Quelque chose brille dans les couleurs, les lambeaux, les signes tant l’artiste semble n’aimer que les rêves que l’on peut partager. Tous les points du ciel trembles : le créateur en devient le grutier qui soulève des masses pour en faire surgir la clarté. Et si le monde semble ne plus pouvoir offrir de destin, il n’en a cure : il peint.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
|


