Artistes de référence
Jean-Marc Scanreigh

"Pour un Scanreigh historisé" par Jacques Jouet, Editions mémoire Active, 2008

Rétrospective de l'oeuvre du peintre, dessinateur, graveur et illustrateur Jean-Marc Scanreigh (né en 1950 à Marrakech), de 1973 à aujourd'hui: portrait littéraire de l'artiste par Jacques Jouet, extraits critiques, chronologie illustrée....

prix port compris :
version standard : 20 euros
édition de luxe avec un dessin au format du livre : 50 euros .

blog de Jean-Marc Scanreigh - courriel


Trois faces du nom
de Jean-Paul Gavard-Perret

Les images osent à peine se poser à la surface. On distingue les traits, les faits demeurent presque imperceptibles avant de s'amasser peu à peu à travers les destins croisés de deux peintres (Gauguin, Hooper) afin qu'un troisième apparaisse. Il y aura donc juste ces images qui découvrent mais ne montrent pas, qui lancent, par la bande, une sarabande.

» disponible chez Amazon


J-M SCANREIGH : L'ART ET LA VIE
par Jean-Paul Gavard-Perret

"J-Marc Scanreigh", Galerie Artscénik, Lyon.Septembre - octobre 2008.

Né en 1950 à Marrakech au Maroc, lyonnais pendant longtemps, Scanreigh y fait retour le temps d'une nouvelle exposition au moment où Jacques Jouet lui consacre un livre magnifique tant par le contenant que le contenu. Depuis 1993, Scanreigh a imprimé de nombreux « placards » avec des écrivains et des poètes, ce qui va de pair avec la création de livres d’artiste et les illustrations originales pour des éditeurs. Son œuvre gravé comporte plus de 150 livres et  près de 1000 estampes, bois, linos, eaux-fortes, sérigraphies, phototypies.

Il a aussi diffusé sa propre maison d’édition. Il en explique de la manière suivante la genèse : "Maison" est un bien grand mot pour une aventure sans nom à vrai dire. À force de les avoir tous ! Pendant presque dix ans, j'ai inventé pour chaque nouveau titre un nom d'éditeur situé dans une ville choisie au hasard. C'était à la fois par caprice et pour donner une cohérence intime au contenu. Chose que je ne devrais pas avouer en principe. Mais quand un libraire vous téléphone pour vous demander où trouver cet obscur éditeur qui ne figure nulle part, il faut bien lever le voile. Ces livres je les appelle aussi bibliophilie de poche.En général, j'ai fait ces livres de manière artisanale, certains sont assez classiques, d'autres amusants comme ces livres en carnets de tickets ou dans des boîtes de cigares. Il y a enfin des livres qui répondent aux critères précieux de la bibliophilie, papiers de luxe, emboîtages toilés, typographie au plomb.Ces derniers temps, je me suis rapproché de l'esprit "graphzine".  Mais ce que je vois dans le catalogue Livres à l'envi, (son précédent ouvrage publié) c'est moins mon travail que celui de Jean-Paul Laroche qui a remis d'aplomb mes descriptifs, les a unifiés. Le livre de Jouet complète aujoiurd’hui ce travail.

 Du trait à l'incision en passant par le pan l'artiste a réinventé toute une conception du dessin et de la peinture en une dimension de joie. Scanreigh sait qu'il n’y a réelle manifestation de l'art que dans l’ouvert. C’est pourquoi dans notre monde qui possède parfois l’allure d’un monde d’images violentes et morbides,  l'artiste revendique l'effusion colorés de ces leurres heureux qui comme des bulles de champagne éclatent à la surface de la réalité laissant éclater formes et couleurs.

Il existe toujours dans de telles oeuvres un intervalle, un effet de distinction comme s’il savait présenter ce qui dépasse de son âme et des sensations qu’il éprouve tout en portant ses travaux loin d’une pure constatation psychologique voire psychanalytique. En effet entre les propositions de la conscience et de l’inconscient il y a, dans ce travail, un troisième larron essentiel qui fait le lien entre les deux : le savoir et la technique. Seuls ces derniers donnent un sens c’est-à-dire une forme à l’image en des suites d’emboîtements qui suppriment la faille mais offre ce que nous disions plus haut, à savoir  l’ouverture.

L’image chez Scanreigh, comme chez tous les grands artistes, tend ainsi à instaurer un rapport nouveau de l’homme au monde. Dessins et couleurs détruisent les descriptions « objectives »: les uns et les autres forment bien plus que des images de quelque chose. Une telle recherche est fascinante. Nous perdons soudain la propension à reconnaître, nous enfonçons notre perception dans le connaître : pénétration intérieure par l’aventure de l’oeil au sein des formes et des couleurs qui fractionnent notre conscience . En éprouvant une contradiction entre ce que nous connaissons et ce qui soudain nous est donné à voir, surgit - sans que nous en ayons à proprement parler conscience - la réincarnation de réminiscences. Le spectateur se pose alors la question la plus sensible face à l’oeuvre d’art voire face au monde : « Vois-je ce que je suis ou suis-je ce que je vois ? ». 

Scanreigh opte pour le second terme. Le moi du spectateur - comme celui du créateur - participe au déploiement de la matière sensuelle  plus que sensorielle. Au bout de cette « épreuve » mais surtout ce plaisir se découvre une vision autonome qui nous rappelle que le réel n’est pas plus objectif que l’art : plus nous multiplions nos rencontres avec des oeuvres  comme celles de ce créateur rare parce qu'il qui sait toujours ajouter de l'humour à ses territoires de déterritorialisation, plus notre présence au monde devient efficiente.  Dégagé de ses propres parenthèses, le spectateur bénéficie alors d’un supplément d’être. Se dispersent pour un temps nos contradictions dans des unités propulsés dans la lumière d'un élan vital.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.