James Casebere : éloge de la béance.
par Jean-Paul Gavard-Perret
La Galerie Daniel Templon permet de découvrir ou de redécouvrir l’artiste américain James Casebere.
Le photographe présente une sélection de ses oeuvres récentes : architectures minimalistes, lieux étrangement vides et ambigus, évoquant hammam, temples orientaux, chambres japonaises. Leur beauté renvoie à un sentiment de malaise et de grand vide comme par exemple avec l’impression chromogénique intitulée « Luxor 2 » dans lequel une série d’ambiguïtés sont soulignées tant au sujet du lieu, qu’à ses formes et ses jeux des couleurs.
Depuis une trentaine d’années, l’artiste s’interroge sur les aspects fondamentaux de l’architecture sous ses diverses fonctions (sociale, psychologique, historique, esthétique). De plus à travers ses représentations de lieux clos (du bunker à l’aqueduc) il pose le problème de l’enfermement, de l’articulation de l’espace avec la lumière. Ses travaux ne renvoient jamais à une réalité identifiable et ils sont conçus de toutes pièces par l’artiste. Il construit au départ des maquettes dans son atelier. Ces maquettes (polystyrène et bois) sont soigneusement peintes, puis judicieusement éclairées, avant de servir de base à ses photographies monumentales. Ce jeu sur l’échelle et l’éclairage permet ainsi de transfigurer ces lieux par un jeu sophistiqué de clairs-obscurs dans lesquels les spectateur pénètre de plain-pied étant donné le format des œuvres.
Mais une telle démarche ne consiste pas tant à tromper le regard. Il s’agit de reconsidérer l’espace et la lumière afin d’obtenir des ambiances fortement théâtrales aux résonances empreintes d’un sacré qui ne renvoie à aucune religion explicite. L’artiste se contente d’extraire les symboles ou plutôt les dénominateurs communs aux lieux de recueillement et de méditation : à savoir les murs et leurs formes. Plus que tout c’est le vide qui interpelle en de telles mises en scènes et dans leurs principes (ironiques et pervers) d’élévation mais aussi d’oblitération.
La somptuosité destinée à fédérer des peuples autour d’une croyance se réduit à l’état de vestige dérisoire promis à l’indifférence et de l’oubli. Le lieu n’est plus qu'un creux rongé et en dissipation. Il ne témoigne plus que d'un vain savoir, que d'une connaissance et d'une puissance qui n'ont plus rien de docte ou de tutélaire. Parcourir ces photographies revient à pratiquer un chemin d'errance. Tandis que le maçon, rameutant le geste des tribus, estimait hausser de ses mains l'argile du premier mot, Casebere par ses (dé)constructions nous plonge dans les débris du monde. L'obscur, la viscère du lieu remplace le chant dont on pouvait croire y attendre l'écho. Il en va de l'énigme du lieu, de la hantise de son creux béant qui ne remplit plus mais exclut.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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