ROBERTO INNOCENTINI AUX PRISES AVEC LE MONDE CONTEMPORAIN
par Jean-Paul Gavard-Perret
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Roberto Innocenti est un artiste autodidacte. Il a quitté sa Toscane natale pour rejoindre un studio d’animation. Il y a peaufiné une précision du trait et un art consommé de la composition. Mais il est avant tout remarquable dans la précision, le souci du détail et sa capacité à créer des atmosphères comme un Fellini savait le faire.
Innocenti prend par exemple des heures pour dessiner et construire un mur pierre par pierre. On peut admirer le résultat dans un de ses albums les plus remarquables : L’Auberge de nulle part » (Gallimard). Fasciné par Breughel dans son enfance parce qu’il découvrait dans ses œuvres « le monde entier » l’artiste a repris son sens du détail à travers ses aquarelles rehaussées d’encre de Chine. L’artiste se plaît à revisiter tous les classiques « pour enfants » du « Casse Noisette » d’Hoffmann au « Pinocchio » de Collodi. Il acquiert chez lui une force particulière. Et Maître Cerise y donne la pétoche aux petits comme aux grands.
L’artiste croît au pouvoir de l’art. Il croit même (ce qui est devenu la plus iconoclaste des déclarations) à la beauté dans l’art ! Pour lui elle reste le vecteur majeur afin de venir à bout de la violence, de la cruauté, de la barbarie et du racisme sous toutes ses formes. « Je suis né à la fin du racisme et je ne voudrais pas mourir avec sa renaissance » écrit celui qui vient de publier aux Usa « The House », un album ambitieux où le personnage est une maison. Elle raconte à sa manière l’histoire du XXème siècle.
Innocenti prépare aussi sa version postmoderne du Petit Chaperon Rouge. Le bois est remplacé par un centre commercial. Le loup est devenu un « loup-bard ». Il ne se déplace qu’en moto pour faire rêver les midinettes. Quant à la grand-mère elle symbolise la victime parfaite de la consommation outrancière… A la peur que Perrault voulait engendrer se superpose une autre angoisse. Celle créée par la puissance de l’argent dans ce qu’elle a de plus brutal. On l’aura donc compris, Innocenti est un artiste moral comme le déjà cité Fellini le fut.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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