BERNARD DUFOUR : VERS L’ESSENTIEL
par Jean-Paul Gavard-Perret
Bernard Dufour : Rétrospective en 40 tableaux

L’oeuvre de Bernard Dufour saisit par sa force, sa puissance. L’artiste semble poussé à toucher l’essentiel. Il va droit devant, dedans. Il brise ses compositions, les abrège pour ne retenir que l’incontournable. Le graphisme ne peut pas être altéré par les couleurs et les frottis de gris, de blanc, de noir. Une passion tragique, violente, sensorielle allume l’oeuvre. S’y mêlent fantasmes, désirs, rêves, souvenirs dans un exercice de liberté absolue. La femme y garde un rôle majeur. L’artiste en exhibe le corps aimé, aimant, sexualisé à l’extrême. Non sans cruauté, délice et parfois dégoût. Car Dufour ne ménage personne : ni ceux qui regardent, ni ceux qu’ils dessinent ni bien sûr lui-même.
Le nu reste la forme majeure de son expression. Il se développe selon des axes imprévisibles, inattendus. En conséquence ils dégagent son œuvre de toute peinture de ou du genre. A ce titre le créateur retiré dans son coin de Rouergue reste un des peintres et des dessinateurs majeurs. Il est aussi photographe et essayiste. Adeptes des ruptures il s’écarte des modes et ne cesse de cultiver le risque. Il ose tout tant sur le plan de la peinture ou de la photographie que de la vie. Ses livres autobiographiques sont sans complaisance. Ils révèlent le plus profond de sa et de la nature humaine hors de toute concession. Bref Bernard Dufout reste un artiste d’exception que l’on peut retrouver au cinéma « par la bande ». Il fut les « mains » et les dessins de l’artiste mis en scène dans « La Belle Noiseuse » de Jacques Rivette. Et sa prestation reste tout sauf anecdotique.
Le plaisir que l’on éprouve devant ses œuvres est rare. S’y mêlent une forme d’étrange proximité et un paradoxal éloignement. Mais cet éloignement est majeur. Il plonge dans les profondeurs de l’être, dans ses labyrinthes. Ils fascinent car nous craignons de nous y engager. D’où cet effet de divagation qui axe sur un point central, une charnière majeure. En surgit une jouissance mêlée d’envie et de culpabilité. Celle-ci est balayée par la force libératoire et ravageuse que Dufour fait jaillir.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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