STEPHANE DOULCIER : LE FEMININ DE L’ETRE
par Jean-Paul Gavard-Perret
Les portraits de femmes de Stéphane Doulcier possèdent une identité particulière car leur forme reste la plus cohérente qui soit. Elle interroge au passage l'histoire de l'art par une réflexion sur les proportions et les structures tout en réaffirmant la valeur de la « peinture peinture ». La femme n’est donc pas traitée en « objet » ou motif décoratif. Elle devient le sujet aussi polymorphe que cohérent de la peinture et de son langage.
Sous une dispersion apparente l’oeuvre propose une unité profonde. La femme sort d’un traitement qui tiendrait du simple registre de l'exquis et de l'afféterie. Stéphane Doulcier impose une pertinence. Elle ramène l’image de la femme vers quelque chose d’essentiel. Il ne s'agit plus de la planter en décor ou d’en faire de la surface d’écran. Face aux images standardisées s'opposent soudain d'autres images plus essentielles, sourdes, aussi sophistiquées que naïves et surtout imprégnées des sourires d’éros.
Artiste plurimorphe le créateur traque une harmonie qui n’a rien d’imitative. Courbes et rondeurs constituent la véritable thématique de l’artiste. Certe si ses femmes provocantes nous plongent dans un monde onirique. Mais la richesse des coloris, la puissance des cercles créent une puissance lumineuse. Celle-ci place d’emblée du côté de la vie et de l’invention.
Stéphane Doulcier reste toujours à la recherche de réponses techniques originales ou héritées de ses grands devanciers (Picasso entre autres) pour créer une sensualité et une érotique en une aimantation particulières. Ses femmes deviennent les « embrayeuses » de désirs aussi charnels qu’impalpables. Elles évoquent la vie et les plaisirs comme le font tout autant les dessins de l’artiste qui développent une philosophie particulière de boudoir
Eros est donc omniprésent. Il écarte les larmes loin de toute considération de degrés ou de genres. Stéphane Doulcier crée des femmes aussi ouvertes (par leurs postures) que closes sur leur mystère. Le créateur demeure fixé à la recherche de structures fondamentales qui ne sont pas un simple retour à l'ordre crispé sur le passé. Face à la dispersion qui singe l'unité il propose une œuvre mobile quasiment cinétique d’où partent des gerbes de lumière empreintes d'une valeur hypnotique, hallucinatoire en un grand brassage de formes.
Ce sont elles qui permettent de débusquer des pans de l'identité cachée selon une problématique chère à Winnicot lorsqu’il écrivait : "Où se trouve l'identité sinon dans les images qu'on ignore". A la recherche de constellations fondamentales et rondes, Stéphane Doulcier invente un étonnant cerclage qui paradoxalement ouvre la réduction classique de la représentation du corps féminin. L’artiste attire l'œil sur l'ailleurs. Celui-ci n'est pas pour autant l'autre monde de la fascination de l'imaginaire mais celui de la nudité (à tous les sens du terme) de la peinture et d’une de ses formes de transgression.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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