NATHALIE DMITROVIC OU LES SURFACES APAISANTES
par Jean-Paul Gavard-Perret
Nathalie Dmitrovic, Galerie N.D., Marseille.
L’art de la bague sculpture n’est pas simple. Soit il tombe dans la pure joaillerie soit dans le gadget improbable et surtout inutilisable. Pourtant d’un art dit de la parure ou de l’accessoire Nathalie Dmitrovic crée un objet particulier. Dans ses bagues il y a le lisse et ce qui s'y cache. La surface se dérobe et pourtant surgit une sorte d’explosion (toujours maîtrisée) de la forme. Il n’existe dans ces sculptures rien de factice et rien de granuleux. En particulier ses « Pures » créent des tourbillons dans lesquels l’harmonie des ronds joue a plein dans un jeu d’emboîtements divers en cônes ou en entonnoirs.
Ces créations sont fascinantes par leur forme ou par leur poids. On peut les porter quasiment comme un trophée, monumental et géométrique et elles peuvent devenir de véritables sculptures à exposer sur un mur ou sur une table. Chaque bague est baptisée : Tempête, Solitude, Calice, Carrément carrée, Lune. On a le choix entre argent poli ou brossé, ces deux expressions sont parfois jointes. Toutefois la bague devient plus précieuse par ses formes que ses matériaux. L’artiste joue de l’exaspération des possibilités des lignes jusqu’au point limite où la maîtrise deviendrait artifice. Toutes ses œuvres sont comme imprégnées ou forgées d’une poussée interne. Formes concaves et convexes y jouent à merveille. Les éléments bombés ou oblongs semblent porter en eux le message d'un en dessous exaspéré.
Mais la bague ne perd pour autant jamais son objet, sa fonction. Elle désigne le doigt, recoupe habilement son encore et son déjà. Et s’il y a donc par la présence de la bague une forme d’effraction du doigt, un effet inverse émerge aussi : du bombé surgit aussi le creux. L’art de l’orfèvrerie permet de refaire surface plus que tapisserie. La bague sculpture est donc bien plus qu’une parure même si elle n’est pas déviée de son emploi. Sa cause reste le doigt. Mais celui-ci, par elle, est donné à voir autrement.
Par la re-montrance et la perfection épurée des formes pourtant complexes les bagues de Nathalie Dmitrovic jettent un trouble fascinant. Elles deviennent autant un seuil qu’un centre en leur lumière graphitée qui font d’elles les proches et les lointaines. Bref les étoiles tenues à bout de doigt ou presque. Du jeu parfait des équilibres chantournés, des possibles affleurent dans le vermeil ou l’argenté. Un rayonnement suit les courbes subtiles. Il efface toutes pensées de néant. Entre mesure et démesure l’art de la joaillerie prend ici toute sa force.
L’art est présent à fleur peau, à fleur de chair. Il décline des vulves subtiles donc des lieux limites et des perspectives insondables. Peut-être s’agit-il de l’invisible de l’artiste ou plus généralement de la femme. Là où sont ses failles et ses blessures qui se transforment en un horizon de déploiement et de repliement, Il y a le désir, il y a la vie. Du moins sa possibilité. Chaque bague devient un dialogue sans limites. Et quand le plein midi enfourche des nuages gonflés de voluptés on imagine la glisser au doigt d’une femme. C’est une forme d’aveu, c’est une des prouesses que l’art peut offrir en un paroxysme et un passage.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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