CAI Guo Qiang : par l'image et par le feu
par Jean-Paul Gavard-PerretSon œuvre peut se scinder en quatre parties : des dessins réalisés à base de poudre de canon, des projets d'explosion, des installations et des projets sociaux. Et tout au long de sa longue carrière, Guo-Qiang a reçu de nombreux prix qui lui ont attribué un prestige international. Il est tout aussi capable de réaliser des polyptyques à partir d'images documentaires fixes prises sur un moniteur TV que de peindre de manière impressionniste. Mais pour lui, dans notre un monde rempli de changements et de variables, le besoin de stabilité pour travailler dans un espace et un environnement contrôlés est particulièrement attrayant. Les difficultés rattachées à la peinture et au dessin sont des défis qui le poussent à chercher toujours plus loin. C’est pourquoi son œuvre est si riche et si variée même s’il est reconnu d’abord pour ses interventions pyrotechniques in situ.
Il existe dans son approche la juxtaposition le geste contrôlé de la peinture et celui de la force incontrôlable du feu. C’est selon sa « philosophie » le moyen de souligner la dichotomie entre la nature humaine et les forces cosmiques, tout en les conciliant de façon harmonieuse par l’art. Dans la diversité de ses expérimentations, Guo-Qiang suit paradoxalement à la trace l’être humain à travers ses transparences ou ses opacités. Au sein des jeux entre la lumière et l’obscur il fait jaillir un clarté parfois d’angoisse, parfois de violence mais aussi de douceur. Cherchant à relier ce qui a priori ne peut l’être il se veut une sorte de Sentinelle du futur.
De ses œuvres émerge un battement sourd comme celui d’une porte dérobée. Nous semblons atteindre le bout du monde dans les obscures clartés qu’il dispense. Les formes parfois bougent comme des oiseaux blessés ou des âmes perdues à travers le temps. Et son rêve demeure de se retrouver un jour quelque part où les vivants se pardonnent entre eux et où les eaux profondes ne restent plus empreintes de miasmes mortels. Il met ainsi en marche ses machines de guerre pour nous pacifier. Cela peut sembler un contresens : mais l’artiste sait qu’il faut d’abord nous réveiller d’un profond sommeil.
L’art n’est pas pour lui un fleuve d'oubli : il doit ouvrir à l'éclat de lune des livres anciens des métamorphoses. Guo-Qiang est donc le contraire d’un marchand de sable. Il nous apprend le non perçu que chaque élément contient. Et il trouve dans cette approche un moyen de nous faire réagir, de nous émouvoir par la conflagration d’images afin que l’histoire de l’homme se distingue enfin de celle de l’escargot. Pour lui, il ne faut pas que l’être demeure enroulé dans sa coquille.
Guo-Qiang propose le jour qui libère le bruit et la fureur mais aussi les papillons et les fleurs. Mobile,immobile,immobile, mobile telle est son œuvre. Elle nous rappelle dans ses tremblements que le bonheur risque toujours de se sauver parmi les vagues. Elle fait de nous des enfants éclairés et réveillés capables de vivre dans un monde où l’ arc-en-ciel n’est pas qu’un rêve.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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